Quand votre enfant ne va pas bien, il est parfois difficile de savoir s’il faut attendre, appeler un médecin ou foncer aux urgences. Je comprends cette inquiétude : chaque parent veut agir au bon moment, sans dramatiser ni prendre de risque. Les urgences pédiatriques sont essentielles en cas de danger immédiat, mais elles ne sont pas toujours nécessaires. Depuis le 1er janvier 2022, chaque passage aux urgences non suivi d’hospitalisation coûte 19,61 euros via le forfait patient urgences. Au-delà du coût, les services d’urgence sont aujourd’hui saturés : près de 200 enfants se présentent chaque jour au CHU de Bordeaux, contre 120 habituellement. Avant de vous rendre sur place, certains réflexes permettent d’évaluer la situation et d’orienter votre enfant vers le bon professionnel de santé. Je vous propose ici des repères concrets, tirés des recommandations médicales actuelles, pour vous aider à prendre la meilleure décision.
Sommaire
Signes qui nécessitent une consultation urgente
Certains symptômes imposent une prise en charge rapide, parfois même l’appel au 15. Chez les nourrissons de moins de trois mois, toute fièvre supérieure à 38°C doit être évaluée sans délai. À cet âge, le risque d’infection bactérienne est réel et nécessite un bilan complet à l’hôpital. Même sans fièvre, si votre bébé présente un comportement inhabituel, mieux vaut consulter rapidement.
Après trois mois, la tolérance prime sur le chiffre de température. Je vous recommande d’appliquer la règle du CCR, trente minutes après avoir donné du paracétamol : coloration (pâleur, extrémités bleues, marbrures), comportement (amorphe, inconsolable, regard vide) et respiration (difficultés, creux sous les côtes, pauses respiratoires). Un seul de ces signes justifie une consultation en urgence, même si la fièvre n’est pas très élevée.
Les troubles respiratoires représentent un motif majeur d’alerte. Si votre enfant respire de façon sifflante, rapide, avec des creux visibles au niveau du cou ou des côtes, s’il gémit à chaque inspiration ou refuse de s’alimenter, il faut consulter immédiatement. Pour les moins de trois mois, toute gêne respiratoire doit être prise au sérieux. Même chose en cas de cyanose, lorsque les lèvres deviennent bleues.
Les vomissements ou diarrhées méritent aussi votre attention. Si votre enfant vomit vert, rouge ou noir, s’il présente du sang dans les selles, s’il refuse de boire ou ne garde rien, il risque la déshydratation. Chez les moins d’un an, si les biberons sont refusés ou que l’enfant ne boit pas la moitié de sa ration habituelle, il faut réagir vite. Les signes de déshydratation incluent une bouche sèche, des cernes, l’absence d’urine sur plusieurs heures.
Les éruptions cutanées peuvent être anodines ou graves. Si vous observez des taches rouges ou violacées qui ne s’effacent pas sous la pression d’un verre transparent, appelez le 15 : il peut s’agir d’un purpura fulminans, une urgence vitale. En cas de traumatisme avec perte de connaissance, vomissements répétés, désorientation ou bosse molle à la palpation, direction urgence pédiatrique. Une douleur intense, surtout abdominale (côté droit), testiculaire ou thoracique, nécessite également une évaluation médicale rapide. Enfin, toute convulsion, perte de connaissance ou mouvement anormal impose d’appeler immédiatement les secours.
Situations où un pédiatre suffit
Toutes les fièvres ne justifient pas un passage aux urgences. Si votre enfant de plus de trois mois présente une température entre 38°C et 39°C mais se comporte normalement, mange, boit et joue, vous pouvez surveiller à domicile. Tant qu’il tolère bien la fièvre, sans aucun des critères du CCR, il est inutile de paniquer. Consultez votre médecin ou pédiatre si la fièvre persiste au-delà de 48 heures, voire cinq jours.
Une toux qui dure plusieurs jours peut inquiéter, mais si la respiration reste fluide, sans fièvre élevée ni signe de gravité, une consultation en cabinet suffit. Même chose pour les douleurs abdominales simples : chez le bébé, les coliques sont fréquentes et ne nécessitent qu’un suivi classique. L’appendicite chez les tout-petits reste extrêmement rare.
En cas de vomissements ou diarrhées modérés, si votre enfant parvient à s’hydrater avec du soluté de réhydratation orale (SRO), vous pouvez rester à la maison. Donnez-lui de petites quantités toutes les quinze minutes, en privilégiant les boissons sucrées fractionnées : jus de fruit doux, sirop dilué, compote. Gardez toujours du SRO chez vous, c’est indispensable dès les premiers signes de gastro-entérite.
Après une petite chute sans perte de connaissance, si la bosse apparue est dure à la palpation, tout va bien. Surveillez néanmoins le comportement dans les heures qui suivent : vomissements répétés, troubles de la parole, somnolence anormale ou déformation d’un membre doivent vous alerter. En journée, votre premier réflexe doit être de contacter votre médecin traitant ou pédiatre. La plupart ont des créneaux d’urgence. En leur absence, appelez le 15 pour être orienté.
Le soir ou le week-end, les maisons médicales de garde constituent une alternative efficace. Contactez le 15 avant de vous déplacer : un médecin régulateur évaluera la situation et vous dirigera vers le bon service. Vous éviterez ainsi une attente inutile aux urgences, où les délais peuvent dépasser six heures pour les cas non graves. Pensez aussi à votre mutuelle santé famille pour mieux couvrir ces frais de consultation.
Symptômes à surveiller selon l’âge
L’âge de votre enfant modifie considérablement les critères d’urgence. Avant six semaines, la moindre fièvre impose une consultation immédiate. Entre six semaines et trois mois, tout symptôme inhabituel doit être évalué rapidement, car le risque infectieux bactérien reste élevé. À cet âge, le système immunitaire est encore immature et ne peut combattre efficacement certaines infections graves.
Après trois mois, la tolérance devient le principal indicateur. Un enfant qui garde son sourire, joue et s’alimente normalement malgré une fièvre à 39°C inquiète moins qu’un enfant apathique à 38°C. Observez son comportement global : s’il refuse de sourire, reste prostré, a le regard dans le vide ou dort anormalement, consultez même si la température n’est pas très élevée.
Chez les plus grands, d’autres symptômes prennent de l’importance. Une douleur abdominale localisée en bas à droite, qui augmente progressivement et empêche l’enfant de marcher ou de plier la jambe, peut évoquer une appendicite. Chez le nourrisson de quelques mois, des pleurs vifs et soudains avec pâleur et sang dans les selles doivent faire penser à une invagination intestinale aiguë, pathologie grave nécessitant une prise en charge urgente.






